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Gouvernance Démocratique

 Les Maires de Centrafrique font de la gouvernance locale pour réaliser les OMD

 

Dans la publication de 2005 «Investir dans le développement : Plan pratique pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD), le Projet Objectifs du Millénaire lancé par les Nations Unies soutient qu’une bonne gouvernance est nécessaire pour réaliser les OMD. Malheureusement, dans la plupart des pays pauvres, « les gouvernements n’ont pas les ressources nécessaires pour bien gérer le secteur public », indique encore l’équipe du Projet. Ce constat sur la gouvernance a été également fait par les participants aux 3 ateliers de formation sur les capacités d’innovation, dans la ville de Carnot ( 492 km de Bangui), qui ont réuni les Maires des agglomérations urbaines de Centrafrique du 27 au 31 août 2006. La gouvernance locale était au centre des discussions et le Préfet de la Mambéré-Kadéï, qui assurait la présidence des travaux de l’atelier, a déclaré que « si toutes les communes sont bien gérées, c’est l’ensemble de la République Centrafricaine qui est bien géré. » Le PNUD, partenaire technique et financier de cet atelier, était représenté par l’Assistant au Représentant Résident et le Facilitateur de la Gouvernance Démocratique. Cinq Consultants ont facilité les travaux avec le PNUD et le Ministre de l’Intérieur a marqué sa participation en se faisant représenter par le Directeur des Collectivités.

« Initiative de Carnot » pour changer

Cette rencontre avec les Mairies des 10 plus grandes villes du pays –Berbérati, Bouar, Bossangoa, Bambari, Bangassou, Bria, Sibut, Boda, Boali et Nola– et des sous-préfectures de la Mambéré-Kadéï, est la suite logique de ce que le PNUD Centrafrique appelle aujourd’hui « l’initiative de Carnot », pour désigner le projet de formation proposé par l’ancien Maire de la ville de Carnot, M. Check Hamodi. Ce dernier, après sa nomination, s’est rendu compte que la Mairie de Carnot n’avait pas de documents de travail, ni d’archives, sur lesquels il pouvait s’appuyer pour avancer, et qu’il en était de même pour la Mairie de Bangui et le Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Public, principal département de tutelle des Mairies. Il s’est donc tourné vers le PNUD à qui il a soumis son projet de formation des 10 plus grandes communes de la RCA, pour avis technique et financement en juillet 2005. Un premier atelier a été organisé sur les principes de gestion durable axée sur les résultats. Trois ateliers successifs viennent de s’achever dans la ville de Carnot.

Pour Maxime Mbringa-Takama, Assistant au Représentant Résident du PNUD, « changer, c’est réfléchir autrement ». Les habitudes du passé qui n’ont pas porté de fruits doivent disparaître pour laisser la place aux innovations à partir de l’imagination de chaque Maire et de son équipe. Travailler avec les communautés, impliquer les opérateurs économiques et la société civile, tisser des réseaux opérationnels, etc., autant d’actions nouvelles ou mieux pensées pour faire reculer la pauvreté dans le pays. Le véritable chef d’orchestre du changement de la commune, c’est le Maire.

Comment gérer ses ressources et en créer de nouvelles

En Centrafrique, les ressources publiques sont très faibles pour faire face aux défis du développement qui se présentent aujourd’hui aux communes. Face à cette situation et pour répondre efficacement aux aspirations des populations, les mairies doivent multiplier les efforts pour augmenter l’enveloppe des communes. C’est dans cette perspective que les facilitateurs ont insisté sur le sens des responsabilités, le devoir de transparence des maires dans la gestion des ressources, ainsi que leur créativité et leur esprit d’initiative, nécessaires pour créer des nouvelles sources de revenus pour leurs communes.

L’Assistant au Représentant du PNUD s’est basé sur le cas d’un jeune garçon rencontré au nord de la ville de Batangafo, un ballon sous le pied. Ce jeune garçon avait déclaré avoir cotisé avec ses amis pour acheter ce ballon de football afin de pouvoir rivaliser avec les Ronaldho, Zidane et autres stars du ballon rond. Pour M. Mbringa-Takama, ce jeune garçon représente la Centrafrique avec ses rêves. Pour se prendre en charge, il faut regarder loin et d’abord utiliser ses propres ressources, comme ce garçon.

Des exercices visant à tester le sens de l’observation des participants lui ont permis de mettre l’accent sur la manière dont les problèmes sont appréhendés par les communes qui ne savent pas « regarder loin. »

La résolution des problèmes dépend aussi de la manière dont l’environnement est géré. M. Mbringa-Takama s’est appuyé sur la croyance des Indiens d’Amérique qui disent que la terre leur a été prêtée par leurs enfants et qu’ils doivent, par conséquent, bien la gérer pour pouvoir rendre compte demain à ces enfants.

Dans son exposé sur la gestion de l’environnement urbain, M. François Banyombo, sociologue et enseignant à l’Université de Bangui, a rappelé la dégradation et l’abandon des villes et de leur périphérie, qui entraînent l’éclosion de nombreuses maladies. La gestion de l’environnement ne constitue pas encore une des priorités des Mairies qui semblent ainsi manquer de vision.

Pour le Consultant Casimir Lavou, Chargé de Mission, Coordonnateur au Haut Commissariat à la Décentralisation, si les communes possèdent leur propre plan d’urbanisation, elles pourront créer des lotissements et vendre des terrains avec titres fonciers, ce qui génèrerait des revenus supplémentaires. De plus, le traitement des déchets est un moyen de créer des composts dont la vente produirait aussi de nouveaux revenus pour les Mairies.

Le Préfet de la Mambéré Kadéï, M. Elie Ouefio, a souligné que l’on peut « trouver tout l’argent pour développer notre pays ». Il suffit de bien s’organiser. En effet, le Maire de Bossangoa a donné l’exemple d’un Groupement d’Intérêt Rural de sa commune qui, grâce à des ristournes, a permis de construire une école et un centre de santé.

Il est important, ont insisté les facilitateurs, que chaque maire mette en place un plan d’action local pour sa commune ainsi qu’un mécanisme de suivi et évaluation des activités de leurs communes.

Les taxes, l’impôt et autres droits divers imposés par les communes sont les principales sources de revenus des Mairies, mais tous ont convenu que « trop d’impôt tue l’impôt. »

Les meilleures pratiques en matière de gestion urbaine et de gouvernance locale

Le visage de la gouvernance locale en Centrafrique a été explicité par les Consultants Casimir Lavou, Dominique Malo et Abel Mazido. Selon eux la gouvernance au niveau local ne peut être améliorée que lorsque les responsables des communes sont élus par les populations et sont autonomes. Certains maires ont ainsi témoigné de l’interférence ou des pressions exercées par les autorités décentralisées (Préfet et Sous-Préfets) dans l’exercice de leurs fonctions.

Entre les principes de la gouvernance locale, la mobilisation de ressources, la gestion de l’environnement et le suivi et évaluation présentés par le PNUD et les Consultants, les Maires et leurs Secrétaires Généraux ont réalisé l’importance d’acquérir une certaine autonomie financière et technique, pour mieux exister. Les nombreux échanges ont permis de mettre en exergue les contributions de chaque Mairie au développement de sa commune.

La Mairie de Nola, par exemple, a réussi à engager des cadres compétents après des tests de recrutement et a mis en place quelques réformes afin de conquérir son autonomie technique et financière. Le cerveau de l’équipe ? Le jeune Secrétaire Général Victor-De-Pascal Ouiabona Yankom-Bona, âgé de 31 ans, titulaire d’une maîtrise en droit et formé en Côte d’Ivoire sur la gestion des collectivités. Arrivé à la Mairie de Nola il y a moins d’un an, le jeune Ouiabona a réussi à mettre en place une équipe responsabilisée et un système de gestion du personnel et du matériel dans le respect de la transparence. Aujourd’hui, la Mairie de Nola possède une Police municipale, une Brigade économique qui appuie les percepteurs, une Brigade judiciaire pour les affaires civiles et une Section d’intervention. La Mairie a également investi dans des activités génératrices de revenus, grâce à l’achat de camions pour le transport de marchandises et de personnes, la construction de marchés. L’ouverture de centres secondaires d’état civil dans les villages est une initiative qui vise à assurer à tous les enfants le droit à un acte de naissance. De façon périodique, la Mairie organise des campagnes d’état civil pendant lesquelles des agents d’état civil, dotés en bicyclettes, vont de maison en maison pour délivrer des jugements supplétifs. Sans la mobilisation de ressources au niveau local, le Maire de Nola, M. Pierre Epoua, et son équipe, n’auraient jamais pu réaliser ces actions parmi d’autres. Les ressources propres à la Mairie viennent des droits payés sur les stationnements, les places de marché, les taxes d’occupation de domaine communal, les droits de parcage des bœufs, les taxes d’abattage des bœufs à l’abattoir, les produits d’état civil, les taxes d’expédition en pirogue, etc. La Mairie de Nola fait ainsi, en moyenne, 400.000 à 500.000 FCFA de recettes par semaine. L’état des dépenses et des recettes est présenté tous les lundis à l’équipe de la Mairie, pour assurer la transparence dans la gestion de la commune.

Les échanges d’expériences constituent un des moyens choisis par les Maires pour s’informer, se former, former les autres et améliorer leur manière de travailler. Dans le cadre des sessions tripartites entre les communes situées à la frontière du Cameroun et du Congo Brazzaville, Nola participe régulièrement à des échanges d’expériences. C’est ainsi que le Secrétaire Général de la Mairie de Ouesso, dans le département de la Sangha, au Congo Brazzaville, s’est déplacé à Nola pour en apprendre un peu plus sur la création et le fonctionnement d’une Police municipale.

En matière de participation et de gestion de l’environnement, la Mairie de Nola s’est appuyée sur les chefs de groupes et chefs de quartiers pour sensibiliser la population sur le respect de l’environnement. Pendant les vacances, les élèves sont payés 500 FCFA par jour pour débroussailler les lieux publics et participent ainsi au nettoyage de leur commune.

Gombe-Kette 2, tel est le surnom donné au Maire de Berbérati, M. Thomas Koute, en référence au Maire de Bangui, M. Jean Barkès Gombe-Kette, qui a réussi à redonner à la ville de Bangui son visage d’antan et son nom de « Bangui la coquette », grâce à la construction d’espaces verts, de monuments divers, de bancs et poubelles publiques. De passage à Bangui, M. Koute, émerveillé, s’est donné pour mission de mettre sa ville Berbérati en compétition avec Bangui. Aujourd’hui, Berbérati possède ses propres monuments –dont un diamant géant qui rappelle la richesse du sous-sol de Berbérati– ses bancs et poubelles publiques ainsi qu’un jardin municipal en cours de réhabilitation. Des fleurs viennent décorer naturellement les rues, dont certaines ont été rebaptisées. Comme à Nola, ces réalisations ont été financées par les recettes de la Mairie, mais également par des opérateurs économiques qui ont voulu encourager ces initiatives.

 

Enfin, la Mairie de Nandobo a retenu l’attention, notamment en raison de la forte personnalité de son Maire, celle que les participants à l’atelier ont tacitement surnommé « la dame de fer ». Mme Eugénie Bobo-Yazengué a pris fonction en août 2004 et a réussi à poser des actes concrets, ce que son prédécesseur n’a pas réussi à faire en 26 ans, alors que la commune est riche en diamant. En une année, Mme Bobo-Yazengué a construit le bâtiment qui abrite l’hôtel de ville, 3 écoles, 10 kiosques au marché et 1 abattoir. La construction d’un motel est en cours et d’ici peu, ce sera au tour du 1 er collège de Nandobo. Un comité de gestion communal a été mis en place pour gérer les recettes de la commune. Ce comité comprend le Maire, le Sous-préfet, des représentants des confessions religieuses, le chef de groupe, le président de la Jeunesse, et la présidente de l’Organisation des Femmes Centrafricaines.

Mieux renforcer les compétences

A mesure que les présentations et les discussions se succédaient, les participants à l’atelier ainsi que les facilitateurs ont réalisé qu’il était important de poursuivre les sessions de formation des Maires et de leurs Secrétaires Généraux, notamment en matière de technique et méthodologie d’élaboration d’un plan local de développement, de mobilisation des ressources, de management communal et de suivi et évaluation.

Comme l’a dit le Préfet, « un peuple bien formé est un peuple qui peut gouverner seul. » C’est d’ailleurs pourquoi la Préfecture de la Mambéré Kadeï n’a pas attendu Bangui pour organiser des sessions de formation locales pour les Maires.

L’information, l’éducation, la communication et la formation devraient, pour M. Ouefio, sous tendre toutes les actions des communes.

Aborder les questions du VIH/SIDA

De plus en plus, la question du VIH/SIDA est abordée sous l’angle de la pauvreté. Dans ce sens, les communes ont un rôle très important à jouer, surtout dans un pays sévèrement atteint comme la RCA (15 % de séroprévalence).

Le Dr Jean de Dieu Longo, Expert au CNLS, a déclaré que la surface utilisée pour les cimetières a augmenté 8 fois, de 1980 à 1990, ce qui l’a amené à conclure que si rien n’est fait d’ici à 2050, la RCA risque de disparaître.

Le système scolaire, les communautés religieuses, l’utilisation des langues locales, l’intervention de l’Etat et des parents ont été cités par le Préfet de la Mambéré Kadéï, parmi les pistes à explorer pour réduire l’infection à VIH au niveau local.

La solidarité comme moyen de gérer la pandémie a été soulignée par tous. La Maire de Nandobo a ainsi cité le cas d’une personne infectée dans sa commune et qu’elle a dû prendre en charge pour lui permettre d’accéder aux antirétroviraux, en l’absence d’une structure d’aide comme le Fonds Mondial pour la lutte contre le VIH/SIDA.

Pour sa part, le Préfet a rappelé le rôle primordial joué par les parents dans l’éducation des enfants. Il y a plusieurs décennies, les parents racontaient encore des contes à leurs enfants, autour d’un feu de bois, leur inculquant ainsi des valeurs morales qui aujourd’hui se perdent. La télévision et la vidéo, ainsi que la rue, sont venues détrôner ce vecteur d’information traditionnel.

Aller de l’avant

« Le décollage effectif de la RCA repose sur la capacité de gestion des Maires. Nous attendons que les Maires soient de grands acteurs de développement. » C’est sur ce ton, donné par le Préfet, que l’atelier de Carnot a pris fin, atelier placé sous le signe du respect des valeurs morales et religieuses des localités représentées. La crainte de Dieu, l’amour de Dieu, l’amour du pays et l’amour des autres ont été rappelés à maintes reprises par les intervenants. La participation des confessions religieuses, notamment les leaders dont les orientations sont facilement suivies par les populations, est un gage de succès dans la gouvernance locale qui commence d’abord par soi-même.

Entre un Check Hamodi prêt à devenir une personne ressource pour élargir « l’initiative de Carnot », des Maires prêts à assurer le relais auprès de leurs communes et des zones rurales, et un Préfet désigné leader de la gouvernance local, les problèmes de pauvreté seront directement attaqués à la racine.

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