Pour
éviter la fermeture de la plupart des caisses d’épargne
et de crédit créées en République
Centrafricaine dans le cadre du Programme d’Appui à
la Lutte Contre la Pauvreté, le gouvernement a demandé
au PNUD de l’aider à trouver des solutions adéquates
et efficaces. Ce projet du gouvernement, qui avait bénéficié
de l’appui technique et financier du PNUD de 2000 à
2002, a été clôturé en décembre
2002 mais en laissant des acquis –les caisses– qu’il
convient de consolider. Une mission d’audit a ainsi été
dépêchée par le PNUD, conformément
aux vœux du Ministère des Finances. Cette mission,
conduite par un Expert en micro finance du 27 juin au 25 juillet
2004, s’est déplacée au chevet des 19 caisses
de province et de la capitale, pour faire son diagnostic. Résultat
: 60 % des caisses d’épargne et de crédit
des préfectures de la Nana-Mambéré, Ouham,
Ombella-Mpoko et des 8 arrondissements de la capitale, souffrent
d’énormes insuffisances. Solution : Réunir
tous les gestionnaires, analyser avec eux les difficultés
rencontrées et procéder à un recyclage
sur les notions de base devant régir toute opération
de micro finance, en l’occurrence le micro crédit.
Car le micro crédit, principal service accordé
par ces caisses, permet aux populations les plus pauvres d’avoir
accès au circuit monétaire et de financer des
activités génératrices de revenus. Depuis
le succès de la Grameen Bank au Bangladesh, dans les
années 80, la micro finance est devenue un outil de développement
au service des pauvres. Ainsi, petits entrepreneurs, petits
commerçants et artisans, paysans, tous ceux qui, de par
leurs conditions sociales sont exclus du circuit bancaire classique,
deviennent désormais des clients fiables pour les Etablissements
de Micro Finance (EMF). Ces derniers leur offrent l’épargne
et le crédit, ainsi que d’autres services spécialisés
(assurance, crédit bail, etc.), avec plus de sécurité
financière et juridique. De leur côté, les
pauvres ont prouvé qu’ils pouvaient supporter des
taux d’intérêt élevés, l’accès
au capital étant le plus important. Les EMF obtiennent
parfois ainsi près de 100 % des remboursements de leurs
prêts.
Mais le modèle de la Grameen Bank, utilisé comme
instrument de réduction de la pauvreté, n’est
pas la panacée universelle. Les services des EMF doivent
s’adapter au contexte local et respecter les règles
du marché, qui exigent notamment de couvrir les frais
de fonctionnement des activités grâce à
ses propres produits. Cette condition permet la pérennisation
de ces EMF. La République Centrafricaine n’échappe
pas à cette règle. Du 27 au 29 juillet, les gestionnaires
des 19 caisses d’épargne et de crédits ont
assisté à un séminaire-atelier de renforcement
de leurs capacités, au cours duquel ils ont écouté,
parlé et tenté de comprendre et d’assimiler
des notions nouvelles. La gestion des caisses et les organes
de gestion, l’organisation d’assemblées générales
et assemblées générales extraordinaires,
l’auto-prise en charge, les agrémentations, l’élaboration
et la mise en œuvre de plans d’action, sont autant
de thèmes qu’ils ont étudiés avec
intérêt et assiduité.
Dès
la première journée de travail, les séminaristes
ont reconnu leurs faiblesses dans la gestion de leurs caisses,
notamment la non appropriation de cet outil, considéré
au départ comme une aide du PNUD inépuisable.
La clôture du sous-programme de le micro-finance du PALCP,
et donc la disparition du PNUD aux côtés des caisses,
a été suivi d’un certain attentisme, lequel
a provoqué des dysfonctionnements dans la plupart des
cas, se traduisant par une absence totale de documents comptables
et la non tenue d’assemblées générales.
Sans documents comptables, ces caisses sont dans l’incapacité
de fournir des données fiables sur leur situation financière.
Sans assemblées générales, plus personne
ne sait qui fait quoi et c’est la méfiance qui
prévaut peu à peu.
Ce séminaire-atelier
est sans doute l’action de la dernière chance pour
sauver ces caisses d’épargne et de crédits,
outils de développement pour une partie de la population
qui reste demandeur. L’implication du PNUD dans le secteur
de la Micro Finance en RCA permettra de formuler et de mettre
en œuvre une stratégie nationale de micro finance.
Elle permettra également de renforcer la cellule de micro
finance du Ministère de l’Economie et des Finances
créée en octobre avec l’appui de l’agence,
de créer et de mettre en place l’Association Professionnelle
des EMF en RCA. En effet, le pays est soumis à la réglementation
de la CEMAC en matière de micro finance en vigueur. Cette
nouvelle réglementation exige que les EMF « doivent
adhérer à l’Association Professionnelle
des Etablissements de micro finance de leur Etat ». Dans
le cas des caisses d’épargne et de crédit,
la réglementation exige l’obtention de trois types
d’agrément au plus tard en avril 2005. Il s’agit
de l’agrément du gérant, l’agrément
du commissaire aux comptes et l’agrément de l’EMF.
La RCA a moins d’une année pour se mettre en règle
et le PNUD entend appuyer le pays dans cet exercice qui a commencé
par cet atelier de remise à niveau. L’année
2005 a été déclarée par l’Assemblée
Générale des Nations Unies « Année
Internationale du Micro Crédit ». La RCA saura-t-elle
rattraper son retard ? Le Ministère des Finances et le
PNUD en ont fait le pari. Et les gestionnaires des caisses d’épargne
et de crédits sont bien décidés à
engager leurs sociétaires dans ce nouveau défi
et à s’imposer sur le marché. Il y va de
leur survie et de celle de leurs clients.
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