Pacte de non-agression : « On pardonne pour que notre pays la Centrafrique se développe »

18 mai 2017

La crise militaro-politique centrafricaine a débouché sur des tensions entre musulmans et chrétiens mais celles-ci n’en constituent pas les raisons fondamentales. La coalition Séléka qui a renversé le Président Bozizé en mars 2013 était composée de miliciens pour la plupart venus de pays musulmans voisins. Après la prise de pouvoir par les Séléka, certains éléments de cette coalition se sont livrés à des pillages et des exactions sur les populations civiles majoritairement chrétiennes. Une milice d’autodéfense chrétienne, les Anti-balaka s’est ainsi constituée, se livrant à son tour des actes de pillage et d'exaction sur les musulmans partout dans le pays. 

« Ce qui est triste, c’est qu’après avoir chassé les Séléka, ils (les anti-balaka) sont revenus confondre tous les Musulmans (de RCA) à des Séléka. Non, nous ne sommes pas des Séléka et rien ne nous lie à eux » s’attriste Ali Ousseinou, Iman de mosquée au quartier de Km5. L’Iman résume bien toute la confusion qui a, qui continue, de régner entre Musulmans et Chrétiens de Centrafrique. A travers tout le pays les exactions et représailles ont endeuillé des familles musulmanes et chrétiennes, qui pourtant jadis vivaient en parfaite symbiose. 

A Bangui, ce fossé communautaire s’est surtout cristallisé autour du quartier de Km5 majoritairement musulman et le quartier de Boeing à dominance chrétienne. Dans ces deux quartiers voisins, plus aucun membre d’une communauté ne risquait sa vie dans le quartier d’en face. 

Or, il se trouve que les cimetières musulmans des habitants de Km5 se trouvent dans le quartier de Boeing. N’ayant pas accès à leurs cimetières pour enterrer dignement leurs morts, les habitants de Km5 les inhumaient, à la va-vite, dans des maisons abandonnées, dans des églises brulées, un peu partout, et souvent à seulement quelques centimètres de profondeur. 

Devant cette situation où il leur était impossible d’enterrer dignement leurs morts, les habitants de Km5 ont décidé de faire le premier pas vers la communauté chrétienne de Boeing, porteurs d’une volonté de paix.

« Ils ont fait le déplacement jusqu’à Boeing en risquant leurs vies. Ils sont venus dire qu’ils ne sont pas venus faire la guerre mais faire la paix », rappelle Vincent Pingo, Pasteur de la communauté de Boeing. 

Afin de soutenir cette initiative communautaire, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Minusca et d’autres acteurs ont travaillé à mettre en place un comité de pilotage inclusif d’un Pacte de non-agression entre les Musulmans de Km5 et les Chrétiens de Boeing. Signé le 11 février 2016, ce pacte a permis la libre circulation des communautés entre les deux différents quartiers et surtout l’ouverture des cimetières musulmans dans le quartier de Boeing.

Retour sur la signature du pacte dans lequel le PNUD a joué un rôle décisif.

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